Quand l'AFSCA s'attaque aux artisans du terroir et favorise la grande distribution...

Publié le par Jo404

boucherie-manche.jpgExtrait d'un article publié le 22 février 2011 sur http://www.lavenir.net.

 

TOURNAI - La boucherie Manche, vieille institution tournaisienne, ferme définitivement ses portes. Elle a accueilli dimanche ses derniers clients.

 

Une longue histoire lie la famille Manche à la ville de Tournai. Avant la guerre, le grand-père avait tenu une taverne sur la Grand-Place.  Dans les années cinquante, le père avait ouvert une boucherie dans la rue des Maux. Le fils, Paul Manche, a perpétué la tradition familiale jusqu'à dimanche : les dernières pièces de viandes et de charcuteries ont été découpées, les dernières préparations maison ont quitté les frigos.

logo-manche.jpgCe n'est pas sans un pincement au coeur que Paul Manche et Martine Delcroix tirent un trait sur leur vie de commerçants. «Mon père avait débuté de l'autre côté de la rue, en 1952. À côté, il y avait un terrain vague et la friterie Léa; ils accueillaient des cars de touristes, elle avec ses frites, lui avec ses viandes», se souvient Paul Manche. En reprenant le commerce familial en 1980, Paul Manche imprima sa marque. «J'ai développé le service traiteur à un moment où cette activité commençait seulement à être demandée par la clientèle les fêtes familiales» . Les barbecues du dimanche après-midi, et à l'occasion des grandes festivités tournaisiennes, ont aussi contribué à la réputation du commerce.

 

Mais le coeur n'y est plus depuis un certain temps.

 

«Un magasin de vêtements s'installera dans le bâtiment, ce ne sera plus une boucherie», explique Paul Manche. «Ils voudraient tuer le métier, ils ne s'y prendraient pas autrement», râle le boucher de 56 ans .

Il pointe du doigt l'AFSCA, Agence fédérale pour la sécurité alimentaire, tatillonne jusqu'à l'extrême : «je suis d'accord pour dire qu'une certaine traçabilité est nécessaire, mais ça devient exagéré. Aujourd'hui, la comptabilité classique se double d'un travail administratif énorme : il faut relever la température et le PH des viandes qui arrivent, noter les numéros de chaque lot... Réaliser nos propres préparations est devenu beaucoup trop compliqué par rapport à l'achat de mayonnaises toutes faites, et c'est la même chose avec les fonds de sauces et plein d'autres préparations. Il n'y a plus de limites dans leurs exigences : peut-être, finalement, les autorités veulent-elles que les bouchers ne désossent plus eux-mêmes et qu'ils achètent des pièces déjà découpées».

 

Retour aux valeurs de l'artisanat?

 

M. Manche est convaincu que les grandes sociétés multinationales spécialisées dans l'agroalimentaire exercent un puissant lobbying auprès des autorités européennes pour favoriser la grande distribution plutôt que l'artisanat. «J'ai investi 15 000 €  voici deux ans pour mettre mes installations aux normes et j'aurais dû encore acheter de nouveaux frigos avec de nouveaux critères... Ça ne peut plus durer, on ne peut pas être ainsi obligés d'investir tout le temps. Ils nous font même payer les contrôles!» À l'époque de son père, fait remarquer Paul Manche, on dénombrait 55 000 boucheries dans notre pays. En 2008, on en recensait encore 3 500. Les grandes enseignes sont passées par là.

 

«Je connais plusieurs jeunes bouchers qui travaillent vraiment très bien. Je leur souhaite beaucoup de courage! Cela dit, peut-être que la clientèle finira-t-elle par en avoir assez de l'élevage intensif, et se tournera de nouveau vers les petits artisans, ceux qui privilégient des viandes et les préparations de grande qualité, avec des viandes reposées tuées à l'ancienne, voire ceux qui proposent des productions biologiques».

 

 

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Publié dans Revue du Web

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