Les fausses bonnes idées "écolo"

Publié le par Jo404

250 160 1290681852Publié le 4 mars 2011 sur www.madamenature.be.

 

Aujourd’hui dans Nuwa (La Première), on faisait le tri des vraies et des fausses bonnes idées pour rendre notre existence plus écologique : des nouvelles technologies pas vraiment plus vertes ou des produits inadaptés à notre culture ou à notre comportement… Il n’est pas toujours facile de savoir si les innovations qu’on nous propose sont toujours aussi écologiques qu’elles le prétendent.

  

Et oui, depuis que l’écologie est à la mode, c’est un peu la jungle des solutions dites durables qui s’ « offrent » à nous, et s’offrir n’est pas le bon mot, on pourrait plutôt dire des solutions que l’on essaye de nous vendre. On a désormais un peu de recul sur certains de ces objets écologiques, autant en profiter pour avancer et ne pas tomber dans le pièges de ces fausses bonnes idées. C’est un article du site Treehugger qui m’a donné envie de vous parler de ceci. Un article intitulé « Green overload : five green products we don’t need more of », ce qu’on peut traduire “Surcharge verte: 5 produits écologiques dont on ne veut plus”.

 

Quels sont ces 5 produits verts dont on n’aurait plus besoin ?

 

La journaliste April Streeter nous explique par exemple qu’elle en a marre de nager sous les sacs réutilisables, et explique que ce n’est plus la peine d’en inventer de nouveaux, mais qu’il serait temps de mettre au point des stratégies pour en avoir toujours avec soi. Elles parles aussi des cosmétiques naturels, dont on trouve de plus en plus de lignes, de marques et de produits, parfois très chers, et souligne qu’elle préférerait  que la législation soit plus sévère et garantisse l’interdiction des produits dangereux dans tous les cosmétiques, et spécialement ceux destinés aux enfants. Elle poursuit en s’attaquant aux voitures électriques, qui ne seront vertes que lorsque l’électricité qui les alimente le sera vraiment… Elle applaudit les créations de design réalisés à partir d’objets de récup, mais estime que ce qu’il faudrait plutôt que ces pièces quasi uniques, c’est organiser une filière de recyclage et récupération plus efficace… et surtout responsabiliser les producteurs de déchets… Et enfin, elle finit sur les t-shirts bio, et on ne peut que l’applaudir : des t-shirts bio, toutes les marques ou presque en proposent aujourd’hui, mais à quand les pantalons, jupes, robes, pulls et sous-vêtements en coton bio ? On frise la mono-manie du t-shirt en coton bio alors que les autres pièces restent difficiles à se procurer…

 

C’est un vrai coup de gueule, mais pour la plupart de ces objets, ce n’est pas une véritable inadéquation, c’est peut-être juste une question de temps, d’évolution.

C’est vrai que nous sommes en pleine mutation, mais cela fait déjà plusieurs années que nous sommes dans ce mouvement, il serait temps de pouvoir mettre à profit le recul que nous avons sur certains objets. Or, c’est un peu l’inverse qui se passe : on assiste à un foisonnement de gadgets dits écolo, qui ne le sont parfois vraiment pas. Un des exemples sur lesquels je voudrais revenir, c’est le téléphone solaire. On en a vu apparaître sur le marché. Or, il faut savoir que la fabrication des cellules photovoltaïques nécessite une industrie lourde : la purification du silicium, matériau le plus utilisé pour la fabrication des cellules, se fait tout d’abord à très haute température dans un four, puis dans un deuxième temps, chimiquement, afin d’obtenir un silicium adapté à l’électronique qui se présentera sous forme liquide. A ce jour, l’énergie grise consommée pour la fabrication des cellules est bien plus importante que les économies promises sur la facture énergétique de l’utilisation du portable.

 

Pourtant, en ce qui concerne les panneaux photovoltaïques, on nous rassure souvent en disant que leur bilan écologique est positif.

Et c’est vrai, mais les panneaux ont une durée de vie bien plus longue, de 20 à 30 ans ou plus.. Or, une cellule photovoltaïque doit environ fonctionner quatre ans pour produire l’énergie qui a été nécessaire à sa production. Et non seulement la durée de vie des téléphones portables est souvent plus basse, mais nous en changeons en moyenne tous les 2 ans… Il serait donc plus urgent d’allonger la durée de vie des téléphones…

 

Puisqu’on est dans le secteur technologique, l’économiseur d’écran, c’est aussi une fausse bonne idée d’économie énergétique, non ?

Tout à fait Xavier, c’est bien connu, et pourtant, certains se font encore avoir par le mauvais terme choisi pour appeler cette fonction … Les économiseurs d’écrans ou écrans de veille, « screensavers », sont des applications qui se déclenchent après un certain délai d’inactivité de l’ordinateur. Au préalable, ces petits programmes permettaient de « nettoyer » l’écran, afin d’éviter que l’affichage d’une même image pendant une longue durée ne le détériore. Les écrans CRT (tube cathodiques) sont en effet très sensibles aux images fixes. Mais au fil du temps, les écrans de veille sont devenus de véritables outils de personnalisation des postes informatiques. Mais un écran consomme autant d’énergie qu’il soit actif ou sous économiseur. La consommation énergétique de l’ordinateur lui-même est certes réduite pendant la veille (-30watts), mais tous les économiseurs d’écran ne se valent pas : ceux qui utilisent des applications 3D ou des images sont beaucoup plus énergivores que les autres.  Bon à savoir aussi : utiliser un écran de veille avec un écran plat ou un écran LCD au lieu de l’éteindre peut de plus réduire sa durée de vie, car la lampe fluorescente du rétroéclairage reste allumée et vieillit donc plus vite que si l’écran était complètement éteint. De manière générale, mieux vaut optimise son ordinateur pour qu’il se mette carrément en veille lorsqu’on ne s’en sert pas.

Une autre question légitime : est-ce que la dématérialisation des factures est vraiment un acte écologique ?

De plus en plus de services, par exemplaire les prestataires de téléphonie mobile, suppriment leur facture papier pour les consommateurs, se vantant de faire par là un geste pour la planète… Ils font sans doute surtout un geste pour leur portefeuille. L’entreprise Pochéco, fabricant d’enveloppes situé à Forest-sur-Marque près de Lille, a sorti en 2009 les résultats d’une étude sur « le vrai coût de la dématérialisation : selon l’analyse de cycle de vie  menée par une bureau d’étude indépendant, la facture sur internet est 15 fois plus polluante que par lettre (242 grammes de CO2 contre 15,7 grammes) ! Certes, le papier représente l’impact le plus conséquent  d’un envoi postal, puisqu’il représente tout de même 91% du poids de l’enveloppe. Mais du point de vue du réchauffement climatique, l’utilisation de papier issu de forêt durablement gérées compense cet effet sur l’environnement, puisque les arbres et le papier sont des puits de carbone importants. Pricewaterhouse Coopers a par ailleurs  démontré que la consommation de papier augmentait de 40% à partir du moment où le message est envoyé à une boîte à lettre électronique : car, bien souvent, avec le message s’impriment des en-têtes et pieds de page, une signature de l’expéditeur, et même la copie des mails précédents. De plus, dans les pratiques de dématérialisation, l’émetteur ne peut maîtriser la qualité environnementale du support imprimé : papier non recyclé, impression avec des imprimantes de bureau non durables… Enfin, il y a aussi la consommation d’Internet qui n’est pas négligeable. Et puis, on peut rappeler que si l’industrie du papier ayant été la première à être montrée du doigt dans la prise de conscience écologique, elle a aussi été la première à réagir.

 

On change de domaine, on passe du bureau à la salle de bain, et des économies d’énergie aux économies d’eau. Là aussi, des gadgets pas toujours efficaces ?

Ici je vous fais part de l’expérience de l’auteur du blog « Vivre en simplicité », qui s’est intéressé à  une douchette qui promet d’économiser 50% d’eau en conservant le même confort de douche. Grâce à la technologie « Venturi » qui permet de mélanger l’air et l’eau au niveau de la pomme de douche. La marque annonce un débit garanti de 7 l/min au lieu de 20 l/min avec une douchette classique… Mais notre internaute, par souci de vérification, a voulu savoir combien consommait sa propre douchette, avant de passer commande… Et après plusieurs tests, il s’est avéré que sa douchette ne consommait déjà que maximum 7l/min d’eau. Voilà qui aura évité à ce monsieur une dépense inutile d’une quarantaine d’euros. Alors, bien entendu, il doit exister des douchettes plus consommatrices, mais cela vaut la peine de vérifier le débit de celle qui est installée chez vous avant de vous lancer dans un achat !

 

Restons dans l’eau, et cette fois la lessive…

Je voulais revenir sur les noix de lavage qui ont un certain succès en ce moment. Leur marché a explosé ces dernières années en Europe. Issues d’un arbre à savon, elles contiennent 25 % à 30 % de saponine, un nettoyant certes naturel, dont la toxicité des rejets est quasi nulle… Mais la noix n’est pas efficace sur certaines taches et se contente rafraîchir des vêtements sales pour avoir été portés. Elle ne peut en outre apporter son avantage écologique, que si l’on habite en Inde ou au Népal, où elle est cultivée, car le transport plombe son bilan environnemental. Son impact social pose lui aussi question. Aucune étude n’a épluché les conditions de travail de la filière ou la gestion de la ressource. Mieux vaut donc s’en passer, puisqu’il existe des alternatives de lessives écologiques sur le marché, ou à fabriquer soi-même…

 

Mais il n’y a pas de que de fausses bonnes idées, heureusement!

Il y a parfois aussi de vraies bonnes idées qui ont du mal à s’imposer, parfois parce qu’elles demandent un véritable changement de comportement ou de mentalité. On reste dans le domaine de l’hygiène, et particulièrement de l’hygiène intime, domaine hautement personnel, dans lequel les choses bougent lentement tant les habitudes sont difficiles à faire changer. En moyenne, une femme utilise au cours de sa vie 10 000 à 15 000 produits menstruels (serviettes, tampons, applicateurs, emballages individuels). Alors que les procédés de fabrication des protections périodiques jetables sont polluants et nécessitent de nombreux produits chimiques pour le blanchiment et la stérilisation ; leur valorisation reste aujourd’hui impossible du fait de la multitude de matières contenues dans ces protections (plastique, coton, colle). Il faut 500 ans à ces produits hygiéniques pour se dégrader c’est-à-dire autant qu’une bouteille en plastique. Ce qui fait de l’industrie des protections hygiéniques l’une des plus polluantes au monde, selon Greenpeace, même si, rapportés à l’ensemble de nos déchets, ils n’en représentent que 0,5% en poids. L’alternative à ces protections jetables existe, c’est une coupe menstruelle lavable et réutilisable, en silicone. De l’avis de la plupart de ses utilisatrices, une vraie bonne idée, confortable et pratique, mais qui demande de vrais changements d’habitudes. C’est tout l’enjeu actuel auquel nous sommes confrontés au quotidien : faire le tri des bonnes et mauvaises idées, et nous adapter à de nouvelles façons de vivre plutôt que de sauter sur des gadgets pas toujours efficaces… C’est pour ça que, dans un tout autre domaine (quel coq à l’âne!), participer à Earth Hour, l’action durant laquelle le WWF vous suggère d’éteindre votre lumière pendant une heure le soir du 26 mars prochain est une vraie bonne idée. Ce n’est pas cette qui va réellement changer notre consommation électrique, mais c’est une heure qui permet de faire évoluer les mentalités !


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Publié dans Revue du Web

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