Christian Arnsperger : "2011, année de la démocratie économique?"

Publié le par Jo404

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Publié le 1er janvier 2011

 

On ne peut pas dire que l'année 2010 ait été un "haut lieu" de la réflexion alternative sur les enjeux socioéconomiques. C'est logique: au niveau macroéconomique, la puissance de notre prise en otage collective par le système dominant s'est manifestée à plein.

 

La crise de la dette souveraine dans la zone euro, ainsi que les multiples autres répercussions des débâcles bancaires de 2008-2009, ont monopolisé toute l'attention et presque toute l'énergie de nos décideurs politiques. Les finances publiques, totalement dépendantes des bénéfices du secteur privé et également des "notations" des marchés financiers, risquent de ne plus pouvoir assurer bientôt qu'un service minimum.

 

L'encadrement de la petite enfance, les soins de santé, la recherche et l'éducation devront peut-être être rabotés afin de satisfaire les "exigences des marchés" -- sous-entendu: des collectivités publiques mal gérées sont rappelées à l'ordre par des acteurs privés seuls capables (parce que proches de leurs sous) de jauger ce qui importe réellement et de signaler aux Etats et régions les priorités à respecter. (Et pourtant, Dieu sait si la crise de 2008 a bien montré que les acteurs privés -- en l'occurrence les banques commerciales -- ne sont pas du tout mieux à même de juger des priorités à établir et des meilleures façons d'allouer les ressources... Mais chez beaucoup, la passion capitaliste et financière est apparemment un amour aveugle.)

Les nombreux appels au "réalisme", notamment de la part d'économistes conventionnels plus ou moins proches des milieux bancaires et financiers, ont été d'autant plus entendus et écoutés que, réellement, les emplois et les existences de nombreuses personnes sont en jeu. Chaque raté du capitalisme dans nos contrées riches ne fait, à court terme, que renforcer l'emprise de la logique en place. En caricaturant à peine, on peut dire qu'après avoir été secourus à grandes brassées de fonds publics en 2008-2009, les acteurs de la finance veulent gagner de l'argent en reprêtant aux Etats l'argent qu'ils avaient reçu et dont ils fixent eux-mêmes, sur "les marchés" (et avec l'aide scrupuleuse de quelques agences de notation), les taux d'intérêt débiteurs. Du coup, tout le monde doit jouer le jeu de la valorisation maximale des capitaux à travers le monde -- et ce sont les services publics, ainsi que les emplois, qui vont payer les pots cassés d'une croissance qui, nous dit-on, commence à revenir...

 

Dans un tel contexte morose et mornement répétitif, il n'y avait pas de quoi pousser un agenda de réflexion alternative. L'année écoulée n'aura donc pas été l'année de la lutte contre la pensée convenue (ni, soit dit en passant, contre l'exclusion et la pauvreté comme on l'avait annoncé...).

Pourtant il faut, dès le début de cette nouvelle année, saluer une fois encore les multiples et courageuses initiatives des objecteurs de croissance et autres "alternatifs" qui, tout en étant régulièrement taxés d'irréalistes par l'establishment économique, oeuvrent au jour le jour à faire émerger des nouveautés dans un contexte économique et financier particulièrement hostile.

 

On peut dire que ces acteurs -- si mal nommés "décroissants" par une population encore trop peu informée -- essaient de faire changer le niveau micro-économique au sein d'une conjoncture macro-économique extrêmement défavorable. Ce n'est certainement pas une situation propice aux grandes envolées ni aux larges éclosions: ce qui existe et se développe reste petit, donc marginal -- donc, aux yeux de ceux qui ne veulent rien voir, négligeable et sans avenir. Voilà le très malheureux malentendu qui frappe notre époque: tout le monde est en train de bricoler, mais les bricoleurs du niveau macro (ceux en costume cravate qui gravitent autour des cercles policés de l'"expertise") pensent que les bricoleurs du niveau micro se trompent de cible -- alors qu'en réalité ce sont ces derniers qui visent juste, en dépit du système que les macro-bricoleurs essaient vaille que vaille de maintenir en vie et en place.

Est-il possible de concilier les points de vue et de dépasser le malentendu régnant? Je crois que oui. Dans mon papier de février 2012 je parlais de la nécessité d'une transition à double détente; dans celui de décembre 2010, je préconise la coexistence passagère (et aussi bien huilée que possible) d'une économie non soutenable en déclin et d'une pluralité d'économies soutenables en émergence. L'enjeu majeur de notre époque -- en tout cas, si nous voulons que 2011 ne soit pas une réplique grisâtre de 2010 -- sera de "piloter" le déclin de l'économie capitaliste dominante de telle sorte que des logiques alternatives puissent émerger pacifiquement et sereinement.

 

Lire la suite ici :  TRANSITIONS: Le blog de Christian Arnsperger


 

Publié dans Revue du Web

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